Écrans et créativité des jeunes enfants : quand les bonshommes parlent pour eux
- Elodie Pillonel

- 25 juil. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 juil. 2025

Une créativité en régression : le signal d’alerte des dessins d’enfants
Ces dernières années, plusieurs études ont mis en lumière un phénomène préoccupant : le dessin du bonhomme chez les jeunes enfants tend à perdre en complexité. Moins de détails, des formes plus simples, une diminution des éléments symboliques comme les doigts, les vêtements ou les cheveux… Un indicateur qui en dit long sur le développement cognitif et créatif étant donné que le dessin du bonhomme est une référence en terme de développement.
L’étude menée par la Dre Anne-Lise Ducanda, a révélé que des enfants surexposés aux écrans dessinent des bonshommes sans bras, sans détails, ou même totalement absents de leur production. Elle rapporte des cas d’enfants de 4 ans incapables de tenir un crayon correctement, ou de s’exprimer par le dessin; un signal inquiétant sur leur développement.
Pourquoi les écrans freinent la créativité ?
La créativité de l’enfant se nourrit de ses expériences multisensorielles : manipuler, construire, inventer, rêver. Or, les écrans favorisent une posture passive. Plusieurs recherches en psychologie du développement démontrent que le jeu libre et l’interaction sociale sont essentiels au développement des fonctions exécutives (mémoire de travail, planification, imagination).
Les écrans ne laissent que peu de place à l’improvisation ou à l’invention : tout est déjà pensé, animé, narré. Cela appauvrit l’imaginaire personnel, pourtant fondamental dans le dessin, le langage et la résolution de problèmes.
Les moments les plus sensibles de la journée
Des recherches récentes montrent que le moment de la journée d’exposition aux écrans est aussi importante que la durée :
Le matin, juste après le réveil, le cerveau de l’enfant est en pleine phase de régulation hormonale. Le soumettre directement à un écran augmente les niveaux de stress (cortisol), diminue la disponibilité attentionnelle et impacte la posture d’apprentissage. Une étude menée en 2019 par l’INSERM a démontré que les enfants exposés aux écrans avant l’école avaient 3 fois plus de troubles de l’attention. De plus, l'exposition matinale diminue drastiquement la créativité, un enfant dont la première activité du matin est de regarder un écran aura plus de peine à se lancer dans d'autres activités et ce tout au long de la journée.
Le soir, les écrans (surtout ceux à lumière bleue) inhibent la sécrétion de mélatonine et donc perturbent le sommeil. Or, un mauvais sommeil nuit à la consolidation de la mémoire, à la créativité et à la régulation émotionnelle.
La "jauge d’amour" : remplir le réservoir affectif dès le matin
Les neurosciences affectives ont mis en lumière l’importance du lien d’attachement sécurisé et de la qualité des interactions dans le développement global de l’enfant. Selon Isabelle Filliozat et Catherine Gueguen, chaque enfant démarre sa journée avec un réservoir affectif vide, une sorte de “jauge d’amour” à remplir. Cette image poétique traduit une réalité neuro-affective : l’enfant a besoin, dès le réveil, de signes d’attention, de tendresse et de lien pour se sentir en sécurité, aimé et disponible pour apprendre.
Les premières minutes du matin, lorsqu’elles sont remplies de contact humain chaleureux, favorisent la sécrétion d’ocytocine (hormone du lien), réduisent le cortisol et stabilisent l’humeur pour la journée.
Remplacer les écrans par du lien
Voici quelques idées d’activités simples à faire le matin, qui prennent moins de 10 minutes et ont un vrai impact :
Lire ensemble une petite histoire
Chanter ou écouter de la musique douce pendant que l’enfant s’habille
Dessiner un bonhomme ensemble, à deux mains
Jouer à “deviner ce que je mime”
Partager un moment de câlin et de regard
Danser sur votre musique préférée
Ces moments activent les circuits neuronaux du bien-être, favorisent les apprentissages et la socialisation tout au long de la journée.
En résumé
Le dessin du bonhomme est un indicateur clé de la créativité et du développement cognitif.
Plus les enfants sont exposés aux écrans, moins leurs dessins sont riches en détails et en imagination.
Les moments les plus sensibles sont le matin avant l’école et le soir avant le coucher.
Une simple interaction affective le matin a des bénéfices prouvés sur la concentration, l’humeur et la qualité du lien parent-enfant.
Sources
Ducanda, A.-L. & Delion, P. (2017). Exposition excessive des jeunes enfants aux écrans : un danger silencieux. Vidéo informative soutenue par l’ARS et l’Inserm
Lillard, A. et al. (2015). The impact of pretend play on children's development: A review of the evidence. Psychological Bulletin, 139(1), 1–34.
Bernard, J. Y. et al. (2019). Digital screen exposure during early childhood and its association with cognitive and socioemotional outcomes at age 5. Paediatric and Perinatal Epidemiology.
Hale, L. & Guan, S. (2015). Screen time and sleep among school-aged children and adolescents: A systematic literature review. Sleep Health, 1(4), 223–228.
Gueguen, C. (2014). Pour une enfance heureuse : Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau. Pocket.



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